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lundi 4 janvier 2016

007 vu par les écrivains (3) : Umberto Eco



Dans son livre De Superman au surhomme (Grasset, 1993), Umberto Eco a analysé les « structures narratives chez Fleming », établissant que chaque intrigue est basée sur le même schéma :


« Bond est envoyé dans un endroit donné pour éventer un plan de type science-fiction échafaudé par un individu monstrueux d’origine incertaine, en tout cas pas anglais, qui, grâce aux activités d’organisation ou de production qu’il dirige, non seulement gagne énormément d’argent mais fait en outre le jeu des ennemis de l’Occident. En allant affronter cet être monstrueux, Bond rencontre une femme qui est sous sa coupe et la libère de son passé en instaurant avec elle un rapport érotique, interrompu à cause du Méchant par la capture de Bond et la torture qui lui est infligée. Mais Bond triomphe du Méchant qui meurt de façon horrible, puis il se repose de ses rudes travaux entre les bras de la femme, qu’il est toutefois destiné à perdre. »

Assez bien vu.

mercredi 30 décembre 2015

007 vu par les écrivains (2) : Roland Barthes and co


 

En décembre 1965, "Le Nouvel Observateur" s'intéresse à James Bond. "Devant un tel phénomène sociologique, nous avons demandé leur opinion à quelques spécialistes des faits humains et des mythes". 

Roland Barthes : "Il y a eu un temps où le héros de notre époque était un homme complet: sans cessé d'être le plus fort, il pensait, savait, il était celui qui voit clair ; c'est ce qu'on pouvait lire dans les rôles et le regard même de Gary Cooper ou de Humphrey Bogart. Bond, lui, n'a jamais l'air de penser et cependant il décide toujours ; il connaît des obstacles, non des résistances ou des fatigues ; il est non seulement invulnérable mais encore inusable et insalissable : c'est un bel objet qui manipule d'autres objets ; il est parfaitement homogène au monde de gadgets dans lequel il vit. Tout cela va cependant très bien dans la mesure où le bondisme se met en spectacle lui-même et comporte toujours un certain grain de parodie : à sa manière, James Bond est un héros distancé."

Jean Duvignaud : "Au cinéma, James Bond est une sorte de monstre : il cristallise assurément la force et représente, par là, un héros bien musclé qui évoque assez bien les beaux SS que d'aucuns trouvaient fascinants ; les femmes qu'il étreint, on aimerait savoir ce qu'elles éprouvent, car ce héros semble bien un monstre froid. Cela dit, on conçoit qu'il exerce une fascination négative - comme celle de Siegfried, un Siegfried libertin."

Georges Balandier : "Avec les aventures de James Bond, les mythologies modernes s'enrichissent d'un nouveau chapitre. On y raconte comment le héros maîtrise le temps et l'espace, comment il brise les manœuvres des organisations et des puissances avec les seuls moyens de l'individu. Reconnaissons-le sans trop jouer sur les mots. Ce personnage fait accomplir un bond en avant dans "l'imaginaire" des hommes du XXe siècle. Il joue le rôle de révélateur."

mercredi 16 décembre 2015

007 vu par les écrivains (1) : Joël Houssin



Joël Houssin, l'auteur de la série du Dobermann, a écrit en 1983 dans la revue Métal Hurlant Aventure n°1 un article intitulé "Les Armes à Bond". Et le moins que l'on puisse dire est qu'il n'est pas tendre avec 007 et encore moins avec Ian Fleming. Extraits :

"On a souvent reproché à Bond d'utiliser, à ses débuts, un "pistolet de dame", le Beretta 25. A mon sens, si le choix de cette  arme est une sottise, l'utilisation que Bond en fait est une hérésie. En effet, si un tueur fonce sur 007 avec un rasoir, le célèbre agent britannique pourra toujours lui vider son chargeur dans le baquet, l'ennemi aura largement le temps de le raser de près, de lui fabriquer un double sourire et de lui tailler une boutonnière verticale, de la gorge au pubis, avant d'enfin, dans la mesure où Bond est un tireur émérite, s'effondrer sous le coup d'une vieille lassitude consécutive à une trop grande perte de sang. Le calibre 6.35 n'a aucune puissance d'impact. Il n'arrêterait pas un pékinois.

Non content d'utiliser une arme inefficace, Bond la place dans un étui à bretelle en peau de chamois (c'est plus chic). Parfait pour nettoyer un pare-brise, le chamois ne peut raisonnablement servir de holster. Le Beretta y resterait accroché, s'y encrasserait plus sûrement que dans une bassine de sciure et ne pourrait en aucun cas être dégainé rapidement. Que de handicaps ! Dont le moindre, finalement, est peut-être de placer son pistolet sous son aisselle gauche, position déjà abandonnée alors que Capone têtait encore le sein de sa nourrisse. N'importe quel flicard de province sait qu'un calibre se porte légèrement au-dessus de la hanche droite (pour un droitier, évidemment), ou encore de la hanche gauche avec la crosse à l'intérieur. Toute autre position est néfaste à la rapidité. Il n'y a vraiment que ce nave de Bond pour l'ignorer."